Et si mon système de règles ne servait à rien ?

À force de pratiquer le jeu de rôle, on développe des réflexes, des préférences, et parfois même des convictions. L’une des miennes aujourd’hui est simple : rien n’est plus important que la narration autour de la table. Le système de jeu, lui, n’est qu’un outil au service de cette fameuse narration.

On s’en fiche du système de jeu !

Le postulat que je vais utiliser est que les joueurs et le MJ se sont réunis autour de la table pour passer un bon moment en construisant ensemble une histoire. A partir de là, quels que soit les artifices utilisés pour y parvenir, leur objectif reste le même. Que ce soit à l’aide du D20, du D100, de 2D6, de 2D12, avec un jeu de cartes ou même sans matériel peu importe finalement. Il ne s’agit que d’un petit complément pour atteindre cet objectif.

Entre un groupe A qui joue avec un système complexe millimétré et un groupe B qui joue sans MJ, avec un simple D6 pour trancher lors d’une éventuelle incertitude, bien malin sera celui capable de dire qui passera la meilleure partie. Je me risquerai simplement à dire que c’est le groupe qui aura conçu l’histoire la plus satisfaisante pour tous les participants. Et en cela, le système n’a qu’un impact mineur, puisque ce sont le cadre de jeu, les idées qui émergent ainsi que les prises de décisions qui auront eu les rôles cruciaux dans le plaisir de jeu.

Le MJ et les joueurs devraient donc se concentrer sur ces aspects-là pour améliorer leur partie. Mais si l’essentiel tient dans la narration et la créativité des joueurs, pourquoi alors s’encombrer de règles ?

Pourquoi je propose des règles plutôt qu’un univers ?

La réponse à cela est extrêmement simple : j’aime créer des systèmes de jeu. Cela m’amuse de me torturer le cerveau à trouver le juste équilibre pour implémenter telle ou telle mécanique. Bien que j’ai pleinement conscience de l’importance de la narration j’aimerai parvenir à un point où Magisphère soit suffisamment complet pour l’utiliser dans n’importe quel cadre de fantasy. Cela permettrait de ne pas avoir à réapprendre des règles à chaque fois et pouvoir se concentrer pleinement sur l’aspect purement créatif de la conception d’un monde et d’un scénario.

Quant à la question de jouer sans aucune règle je reste persuadé qu’il est important de conserver un aspect ludique et aléatoire dans les parties de jeu de rôle.

Combien de parties ont brutalement changé de tournure suite à un lancer de dé salvateur ou au contraire catastrophique ? Pour ma part beaucoup. J’aime l’idée d’avoir un cadre pour aider le MJ à faire son arbitrage et que les joueurs aient une feuille de personnage avec des chiffres et des taches de gras dessus. A mon sens, un système bien conçu peut tout à fait soutenir la narration et venir l’enrichir. Les règles peuvent tout à fait aider à créer des moments de réelles tensions autour du résultat d’un jet de dé. Ces moments permettent de créer la peur de l’échec, la joie du succès ou des éclats de rire quand une série de résultats improbables surviennent.

Les règles ont également l’avantage d’apporter un langage commun qui permet d’assurer une cohérence et une compréhension mutuelle autour de la table.

L’autre aspect non négligeable, c’est d’apporter une véritable profondeur de jeu. C’est sur ce second point que la plupart des systèmes essayent de sortir leur épingle du jeu. C’est grâce aux règles que l’on va pouvoir aider à favoriser des univers qui mettent l’accent sur des parties héroïques ou au contraire proposer de la friction et des conséquences lourdes en cas d’échec.

Mais creuser plus en détails les leviers pour moduler cette profondeur fera l’objet d’un autre article ! En attendant, vous pouvez lire (ou relire !) mon articles sur le pourquoi du D20 pour Magisphère.

Les règles ne sont pas un frein à la narration mais peuvent devenir un atout pour lui donner une couleur, un ton et une saveur particulière. Et c’est exactement ce que je cherche avec Magisphère : des règles qui viennent soutenir la narration sans l’alourdir.

Pour terminer je dirai simplement qu’un système de règles ne permet pas juste de dire “comment on joue”, mais surtout “comment on raconte”.